Quel pain, quel vin pour nos temps ?
Sous des apparences faussement inoffensives, il y a des textes qui claquent, et qui vous restent, de manière inattendue, en mémoire. C'est le cas d'un modeste opuscule provenant des éditions Ad Solem que nous venons d'acheter : Défense du pain et du vin / Benoît Sibille - comme vous le voyez, ni la couverture, si sobre, ni le titre, si modeste, ne présagent de son contenu.
Mais ouvrons-le et lisons-en les premières lignes (que par commodité, nous colorons en vert - à l'exception des citations) :
« Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur » (1 Co 11, 27). Nous communions à un pain fait de blé cultivé dans une terre morte, perfusée aux engrais de synthèse et aux pesticides, sur d'immenses monocultures où les oiseaux ne s'aventurent plus. Nous communions à un vin produit à partir d'un raisin saturé d'intrants chimiques, souvent récolté par une main d'œuvre étrangère exploitée. Le réalisme devrait nous faire troquer l'évocation du « fruit de la terre et du travail des hommes » de la prière eucharistique par celle du « produit standardisé de l'agro-industrie, de l'exploitation de la terre et des humains ».
Nous célébrons l'eucharistie avec ce pain et ce vin-là, nous proclamons qu'ils sont la vraie nourriture et la vraie boisson (Jn 6, 55) et pourtant ils sont un pain et un vin de mort. On pourrait évidemment éluder le problème en disant que ce qui compte, c'est qu'ils deviennent véritablement le corps et le sang du Christ et que leur apparence de pain et de vin importe peu.
Une certaine insistance sur la présence réelle en vient ainsi à nous rendre réellement absents aux espèces eucharistiques, c'est-à-dire au pain et au vin que nous offrons, eucharistions, partageons et mangeons. Nous célébrons ainsi l'eucharistie comme si cette présence de Dieu n'avait rien à voir avec le blé broyé, moulu, pétri et cuit, avec le raisin gorgé de soleil, récolté, pressé et fermenté.
Percutant, n'est-ce pas ? Les pages qui suivent sont un véritable plaidoyer pour repenser ce qui se joue dans l'Eucharistie et tenter de désamorcer une pensée technicienne (le vocabulaire employé ici renvoie évidemment à Jacques Ellul) qui serait fixée sur le résultat seul alors que les modes de production sont, selon l'auteur, également signifiants.
Source de l'image : ICPIl nous faut dire maintenant quelques mots de l'auteur de ce texte si frappant: Benoît Sibille est maintenant un jeune professeur de philosophie à l'Institut catholique de Paris (voir sa fiche de présentation ici) mais son évident engagement en faveur de l'écologie a d'abord passé par la revue Limite (qui ne paraît plus, mais qui rassemblait des catholiques de sensibilités politiques variées et réunis par des préoccupations environnementales).
Ce livre est dès à présent à votre disposition au CIDOC!
Robin Masur, Chef de service du CIDOC